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Se pencher en avant est-il mauvais pour le dos ? Faut-il protéger son dos ?

Points clés

Les programmes de manutention préconisant la protection du dos ont peu d’effet sur les douleurs aux dos et sur leur survenue.

Le dos est capable de s’adapter aux activités faites de manière régulière, même en position de flexion.

Le dos est une structure solide et il a besoin de charges et de contraintes régulières.

On pense souvent que se pencher en avant ou faire des activités en ayant le dos « rond » (=dos en flexion) est mauvais et doit être évité, ceci particulièrement lorsqu’il est associé à un effort ou un port de charge.

Ce type de mouvement est souvent perçu comme la cause du mal de dos : « j’ai mal, car j’ai fait un faux mouvement ». Il est vrai que pendant des années, les professionnels de santé ont transmis le message suivant : protégez votre dos, faites attention à la manière de vous pencher ou de porter quelque chose. Cependant, notre compréhension du mal de dos a passablement évolué ces dernières années et les recommandations ont sensiblement changé.

Pendant de nombreuses années, les programmes de manutention (ou école du dos) ont été la thérapie de choix pour essayer de prévenir ou diminuer le mal de dos. Or, d’après de nombreuses études, apprendre à porter ou à soulever quelque chose en protégeant son dos (en le gardant droit et en pliant les genoux), a peu d’effet sur les douleurs et sur la prévention des lombalgies (Hogan et al., 2014 ; Kupper et al., 2012). Cela veut dire que diminuer la charge appliquée au dos (en pliant les genoux par exemple) n’est que peu efficace pour agir sur la douleur sur le long terme. Or, si porter quelque chose dans une position de flexion était mauvais pour le dos, alors le fait de le protéger devrait avoir un effet positif sur la douleur, ce qui n’est pas le cas. Dès lors, on peut dire qu’il n’existe pas de « bonne » ou de « mauvaise » façon de porter, de la même manière qu’il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises postures comme énoncées au chapitre précédent. Il existe simplement plusieurs options (Kupper et al., 2012). Cependant, en fonction du poids de l’objet à soulever et de nos habitudes, il peut être intéressant de modifier la manière de porter quelque chose. Cette notion sera toutefois reprise dans le chapitre suivant.

Concernant le mouvement de flexion (dos rond), plusieurs études démontrent que la flexion ou les activités dans cette position ne sont pas un facteur de risque important de lombalgie. Par exemple, une étude réalisée sur plus de six cents travailleurs montre qu’il n’y a pas d’association entre le fait de se pencher en avant de manière régulière et le développement ou l’aggravation du mal de dos (Lagersted-Olsen et al., 2016). Une autre étude, démontre qu’un sport ou une activité pratiqué pendant plusieurs années en position de flexion, par exemple l’aviron, n’augmente pas le risque d’avoir mal au dos en comparaison avec d’autres activités régulières qui ne demandent pas de flexion, comme la course d’orientation (Stange Foss et al., 2012). De plus, en Inde, la position accroupie avec le dos en flexion est extrêmement utilisée au quotidien et est parfois maintenue longtemps pour cuisiner ou manger par exemple. Pourtant, il n’y a pas plus de lombalgie en Inde qu’en Europe (Pagare et al., 2015). Ceci montre que le dos est capable de s’adapter aux activités faites de manière régulière, même en position de flexion.

Ceci montre que le dos est capable de s’adapter aux activités faites de manière régulière, même en position de flexion.

Le dos a également besoin d’être utilisé, comme toutes les autres régions du corps (Belavy et al., 2017). En effet, des études ont mis en évidence les effets bénéfiques de charges et contraintes régulières sur le dos. Par exemple, une étude a évalué la qualité des disques intervertébraux de trois groupes de personnes. Le premier groupe était sédentaire, le second groupe courait environ 20 km et le dernier groupe environ 50 km par semaine. Cela fait beaucoup de « secousses » répétées pour le dos ! L’étude a montré que les disques intervertébraux au niveau du bas du dos (colonne lombaire) étaient de meilleure qualité plus les gens couraient (Belavy et al., 2017). Un autre exemple frappant est celui des études effectuées sur les astronautes. En l’absence de gravité, le dos des astronautes devient de moins en moins tolérant aux charges, et le risque de blessures au retour sur terre est fortement augmenté (Belavy et al., 2016)! Alors, vous optez pour quelle stratégie, les coureurs ou les astronautes ?

Bibliographie

Lagersted-Olsen, J., Thomsen, B.L., Holtermann, A., & Søgaard K. (2016). Does objectively measured daily duration of forward bending predict development and aggravation of low-back pain ? A prospective study. Scandinavian Journal of Work, Environnement & Health, 42(6), 528–537. doi:10.5271/sjweh.3591

Stange Foss, I., Holme, I.M.K., & Bahr, R. (2012). The prevalence of low back pain among former elite cross-country skiers, rowers, orienteerers, and nonathletes : a 10-year cohort study. American Journal of Sports Medicine, 40(11), 2610-2616. doi:10.1177/0363546512458413

Pagare, V.K., Dhanraj, T., Thakkar, D., Sareen, A., & Palekar, T.J. (2015). Beliefs about low back pain : Status quo in Indian general population. Journal of Back and Musculoskelet Rehabilitation, 28(4), 731-737. doi : 10.3233/BMR-140575

Kwon, B.K., Roffey, D.M., Bishop, P.B., Dagenais, S., & Wai, E.K. (2011). Systematic review: occupational physical activity and low back pain. Occupational Medicine, 61(8), 541–548. doi:10.1093/occmed/kqr092

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Belavy, D.L., Quittner, M.J., Ridgers, N., Ling, Y., Connell, D., & Rantalainen, T. (2017). Running exercise strengthens the intervertebral disc. Scientific Reports, 7. doi: 10.1038/srep4597

Belavy, D. L., Adams, M., Brisby, H., Cagnie, B., Danneels, L., Fairbank, J., … Wilke, H.-J. (2016). Disc herniations in astronauts: What causes them, and what does it tell us about herniation on earth? European Spine Journal: Official Publication of the European Spine Society, the European Spinal Deformity Society, and the European Section of the Cervical Spine Research Society, 25(1), 144‑154. https://doi.org/10.1007/s00586-015-3917-y