Sélectionner une page

Les douleurs de dos ne sont pas synonymes de lésion

Points clés

Une augmentation de douleur n’est pas forcément synonyme d’augmentation de blessure au niveau du dos.

Le rôle de la douleur est de modifier notre comportement, afin de nous protéger et de permettre à notre corps de guérir.

Parfois, ce système de protection peut devenir trop sensible, et perpétuer des messages de protection (douleur), alors que le corps n’en a plus besoin.

La douleur est multifactorielle et les problématiques au niveau du dos ne peuvent pas être attribuées seulement aux éléments physiques, de nombreux aspects psychiques et émotionnels entrant en jeu.

Ces 20 dernières années, d’énormes progrès scientifiques ont permis de mieux comprendre la douleur. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une augmentation de douleur n’est pas forcément synonyme d’aggravation de blessure au niveau du dos.

La douleur est une sensation subjective, personnelle, qui est influencée par de nombreux facteurs comme la situation dans laquelle la douleur survient, les expériences douloureuses antérieures, l’humeur, les peurs, le niveau de stress, l’attitude face à cette douleur, et bien d’autres encore. Cela signifie que la douleur n’est pas un reflet exact de l’état de notre corps. On peut avoir des douleurs très fortes alors que la blessure est petite et vice-versa (Moseley et al., 2007).

La douleur est un système de protection, elle agit comme un chien de garde pour nous protéger des dangers extérieurs (Moseley, 2007). Lorsque nous posons notre main sur une plaque chaude par exemple, un message informe le cerveau de ce qu’il se passe. Ce dernier va évaluer le niveau de danger que cela représente et décider de déclencher ou non le système de protection et donc la douleur (Moseley, 2007). C’est ce mécanisme qui nous permet de retirer notre main de la plaque avant d’avoir une grosse brûlure. Dès lors, le rôle de la douleur est de modifier notre comportement, afin de nous protéger et de permettre à notre corps de guérir.

Si l’on pense à un problème douloureux récent au niveau du dos (souvent appelé lumbago, lombalgie), celui-ci va sans aucun doute modifier notre comportement. Nous allons éviter certains mouvements et certaines activités, et cela va permettre à notre dos de guérir. Normalement, la douleur s’atténue petit à petit jusqu’à disparaître. Mais certaines fois, ce système de protection peut devenir trop sensible, et perpétuer des messages de protection (douleur), alors que le corps n’a plus besoin de cette protection.

Les recherches en neurosciences ont permis de mettre en lumière un certain nombre de raisons qui expliquent pourquoi ce système de protection peut devenir trop sensible. Par exemple, on sait que le système nerveux se modifie avec les expériences (neuroplasticité). Donc, plus on a mal longtemps, plus le système nerveux « apprend » et devient sensible ; on parle de mémoire de la douleur. Nous pouvons comparer cela à l’expérience de conditionnement du chien de Pavlov. Le chien entendait une cloche à chaque fois qu’on lui présentait de la nourriture. La nourriture le faisait saliver. Avec le temps, la cloche faisait saliver le chien, même sans nourriture. Concernant le mal de dos, le cerveau va donc « apprendre » certaines situations ou mouvements qui provoquent des réactions de protection, et petit à petit, ces situations vont suffire à provoquer des douleurs alors que le dos n’est pas blessé.

Ces réactions du corps sont tout à fait inconscientes, et la douleur perçue est bien réelle. En effet, les modifications du système nerveux (augmentation de la sensibilité) ont été objectivées au niveau de la moelle épinière et du cerveau de personnes souffrant de douleurs de dos depuis longtemps (Wand et al., 2011). Même si ces douleurs ne reflètent plus l’état du dos, elles sont bien réelles !

une augmentation de douleur n’est pas forcément synonyme d’aggravation de blessure au niveau du dos.

La douleur est multifactorielle. Comme expliqué plus haut, le système nerveux peut devenir de plus en plus sensible en cas de douleurs chroniques. Cette sensibilité du système nerveux peut être influencée par de nombreux facteurs. Par exemple, une situation de stress, un manque de sommeil, un refroidissement, un choc émotionnel sont tous des facteurs qui vont augmenter le niveau de sensibilité et donc l’intensité de douleur perçue (Cedraschi, 2011 ; Linton & Shaw, 2011). Un peu comme un verre qui se remplit et qui déborde, ou l’interrupteur d’un amplificateur que l’on tourne.

L’inquiétude, l’incompréhension et la peur d’avoir quelque chose de grave au niveau du dos sont aussi des facteurs qui vont influencer notre système de protection. Cette relation entre des aspects physiques et émotionnels est bien reconnue dans le monde médical, mais peine certaines fois à faire sa place dans notre compréhension du mal de dos. Qui n’est pas tombé malade le premier jour des vacances, après une période professionnelle stressante ? Qui mettrait en doute le rôle du stress dans les maladies cardio-vasculaires, par exemple dans le cas d’un infarctus ? Ces exemples montrent bien l’interaction entre des facteurs psychologiques et des réactions physiologiques du corps humain. Nous sommes plus complexes que des machines, et les problèmes de dos ne peuvent pas être attribués uniquement aux facteurs mécaniques, comme si nous étions une voiture. La lombalgie est une douleur existante et réelle, mais induite par une sensibilité augmentée et une tolérance diminuée à cause de plusieurs aspects multifactoriels (Kupper et al., 2012).

Et alors, avec tout ça, qu’est-ce qu’on peut faire ? Premièrement, connaître le fonctionnement du système de la douleur devrait permettre aux personnes ayant des douleurs de mieux les comprendre. Identifier qu’une multitude de facteurs peut les influencer, et pas uniquement des facteurs mécaniques (activités, mouvements, postures, …), est une première étape pour trouver des solutions et agir. De plus, savoir qu’une augmentation de douleur n’est pas, dans la plupart des situations, un reflet d’une aggravation de l’état du dos devrait permettre d’agir de manière plus efficace sur son dos. En effet, avec ces connaissances, cela autorise à recommencer à bouger plus vite. Cela permet aussi de refaire certaines activités avec des niveaux modérés de douleur, en sachant que cela ne va pas aggraver la situation du dos. De nombreuses études ont d’ailleurs montré les bénéfices d’une augmentation graduelle des activités douloureuses (Woods & Asmundson, 2008). Vous trouverez plus de détails dans le chapitre “Comment bouger en cas de douleurs de dos et à quel rythme ?”, mais n’hésitez pas à prendre conseil chez un professionnel pour vous guider dans ce processus.

Bibliographie

Moseley, G.L. (2007). Reconceptualising pain according to modern pain science. Physical Therpay Reviews, 12(3), 169-178. Repéré à https://www.researchgate.net/

Wand, B., Parkitny, L., O’Connell, N. E., Luomajoki, H., McAuley, J. H., Thacker, M., & Moseley, G. L. (2011). Cortical changes in chronic low back pain: current state of the art and implications for clinical practice. Manual therapy, 16(1), 15‑20. doi :10.1016/j.math.2010.06.008        

Cedraschi, C. (2011). Quels facteurs psychologiques faut-il identifier dans la prise en charge des patients souffrant de lombalgies ? Qu’en est-il de l’anxiété et de la dépression ? Quelles peurs et quelles représentations constituent-elles des écueils ? Revue du rhumatisme, 78(2), 70-74. doi: 10.1016/S1169-8330(11)70014-X

Linton, S.J., & Shaw, W.S. (2011). Impact of psychological factors in the experience of pain. Physical Therapy, 91(5), 700-711. doi:10.2522/ptj.20100330

Kupper, D., Cedraschi, C., & Genevay, S. (2012). Hygiène posturale et économie rachidienne dans la lombalgie commune – une pratique à repenser. Revue médicale Suisse, 8, 592-597. Repéré à https://www.revmed.ch/

Woods, M. P., & Asmundson, G. J. G. (2008). Evaluating the efficacy of graded in vivo exposure for the treatment of fear in patients with chronic back pain: A randomized controlled clinical trial. Pain, 136(3), 271‑280. doi :10.1016/j.pain.2007.06.037