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Utiliser votre dos est important !

Points clés

Éviter certains mouvements à long terme contribue à rendre le dos moins tolérant aux différentes activités et charges de la vie quotidienne.

Cependant, il est parfois nécessaire d’éviter les mouvements douloureux suite à la survenue d’une douleur, mais sur un court laps de temps uniquement.

La tolérance à l’effort du dos doit être en adéquation avec les activités quotidiennes effectués.

Ce qui est particulièrement intéressant avec les recherches sur les programmes de manutention, c’est que l’on se rend compte que la stratégie utilisée pendant de nombreuses années pour soigner le mal de dos a été de transmettre les messages suivants : « protégez votre dos », « n’utilisez pas trop votre dos » ou « faites attention à votre dos ». Ces stratégies ne suffisent pas à soulager les douleurs et diminuer la récurrence des maux de dos. De plus, cette stratégie est assez différente des recommandations pour les autres régions du corps.

Prenons l’exemple d’une entorse de cheville. Il se peut que, dans un premier temps suivant la survenue de cette blessure, nous évitions de mettre beaucoup de poids sur notre pied. Nous diminuons les charges sur la cheville avec une attelle ou des cannes. Toutefois, nous remettons rapidement, mais progressivement du poids sur notre pied, puis marchons à nouveau normalement et reprenons des activités sportives. Ce type de stratégie permet d’aider la cheville à guérir, facilite un bon fonctionnement de cette région et renforce la musculature. Imaginez que suite à une entorse de cheville, nous conseillions aux gens de ne plus jamais mettre de poids sur leur pied, ou de ne plus jamais faire de sport ?

Le dos n’est pas fragile, c’est une structure très solide ! Il a besoin de charge et de contraintes, comme toutes les autres régions du corps

Il est vrai que le mouvement de flexion ou le port de charge sont souvent associés à l’apparition du mal de dos. Dès lors, dans les premiers temps suivant l’apparition de ces douleurs, il peut être nécessaire de modifier ou même d’éviter ce mouvement de manière temporaire, à l’image de la diminution de poids appliqué sur le pied dans l’exemple de l’entorse de cheville. Cependant, éviter ces mouvements sur le long terme aura pour conséquence de fragiliser le dos et de le rendre moins tolérant aux charges et aux mouvements de la vie quotidienne. Les messages de protection transmis au moyen des programmes de manutention favorisent une diminution importante des mouvements impliquant le dos. Sur le long terme, ces stratégies auront donc également tendance à rendre le dos moins tolérant. En sachant qu’il est quasiment impossible de toujours éviter ces mouvements de flexion ainsi que le port de charge, le risque de se faire mal est donc plus grand avec un dos ayant perdu en tolérance. Il faudrait pouvoir revenir progressivement vers ces mouvements qui sont naturels, une fois que les douleurs sont moins intenses que les premiers jours, en recommençant à bouger de manière progressive (Henchoz, 2011). D’abord, des activités, des mouvements ou des exercices qui ne sont pas ou peu douloureux seront choisis. Puis, petit à petit, les activités et les mouvements douloureux seront repris dans le but d’augmenter progressivement la tolérance du dos à ces mouvements. Des exemples plus concrets et détaillés peuvent être obtenus dans le chapitre “Comment bouger en cas de douleurs de dos et à quel rythme ?” et “Exemples de situations réelles”.

Bien que les charges et les mouvements soient positifs pour le dos, la question d’habitude et de capacité est importante à respecter. Si vous n’avez pas l’habitude de courir, il y a de fortes chances que vous vous blessiez si vous commencez par un marathon. C’est la même chose pour le dos. Nous pouvons prendre l’exemple d’un déménagement lors duquel vous devez porter un meuble d’un poids conséquent. Cette activité étant certainement inhabituelle pour vous, votre dos n’aura pas une bonne tolérance à cette contrainte. Le bon sens doit aussi prédominer. Il est alors utile de plier les genoux afin de soulever ce meuble et ainsi diminuer la charge appliquée sur votre dos. En effet, il est judicieux de respecter la balance entre capacité actuelle de votre dos et la demande en termes de contrainte qui vous lui imposez.

Adapté de Kjaer et al., 2018

En conclusion, les professionnels de santé ont pendant longtemps recommandé de protéger le dos, en évitant certains mouvements, suggérant que celui-ci était une structure vulnérable. Malheureusement, sur le long terme, ces stratégies auront tendance à rendre le dos moins tolérant, et cela pourra participer au maintien de douleurs. Le dos n’est pas fragile, c’est une structure très solide ! Il a besoin de charge et de contraintes, comme toutes les autres régions du corps (Belavy et al., 2017). Il est donc important de le solliciter de manière progressive, et surtout en fonction de ses capacités. Vous trouverez plus de détails dans le chapitre “Comment bouger en cas de douleurs de dos et à quel rythme ?”.

Bibliographie

Hogan, D.A., Greiner, B.A., & O’Sullivan, L. (2014). The effect of manual handling training on achieving training transfer, employee’s behaviour change and subsequent reduction of work-related musculoskeletal disorders : a systematic review. Ergonomics, 57(1), 93-107. doi : 10.1080/00140139.2013.862307                                                           

Kupper, D., Cedraschi, C., & Genevay, S. (2012). Hygiène posturale et économie rachidienne dans la lombalgie commune – une pratique à repenser. Revue médicale Suisse, 8, 592-597. Repéré à https://www.revmed.ch/

Henchoz, Y. (2011). Lombalgies non spécifiques: faut-il recommander l’exercice et les activités sportives ? Revue médicale Suisse, 7, 612-616. Repéré à https://www.revmed.ch/

Kjaer, P., Kongsted, A., Ris, I., Abbott, A., Rasmussen, C. D. N., Roos, E. M., … Hartvigsen, J. (2018). GLA:D® Back group-based patient education integrated with exercises to support self-management of back pain Development, theories and scientific evidence -. BMC Musculoskeletal Disorders, 19(1). https://doi.org/10.1186/s12891-018-2334-x

Belavy, D.L., Quittner, M.J., Ridgers, N., Ling, Y., Connell, D., & Rantalainen, T. (2017). Running exercise strengthens the intervertebral disc. Scientific Reports, 7. doi: 10.1038/srep45975